Nissa la Bella, par Marcel Julien Foures
Nissa la bella !
Que m’importe que le monde tourne à l’envers la société éclate dans tous les sens. Que m’importe……je suis Niçois ! M’en batti…..sieu Nissart ! Sieu deï païs de Séguran……!
Et oui, je suis du Comté, même si aujourd’hui, j’habite sur la rive droite du Var, en Provence.
Que m’importe ces millions de touristes du Nord, de l’Est, de l’Orient même Extème….moi, je suis né ici et je vis ici et je peux tous les jours, à longueur d’année, m’enivrer d’Azur et de soleil, au coeur de cette perle déposée par la mer dans son écrin de montagnes.
Et oui, je suis de Nice, Cendrillon devenue impératrice. La fourmillière touristique ne connait que l’impératrice et n’imagine même pas qu’une fée l’a sortie, comme par miracle de son état de Cendrillon.
Les Allemands, les Belges, les Hollandais, les Russes et autres saisonniers, qui se gobergent aux terrasses du Cours Saleya, n’imaginent certes pas qu’il y a seulement quatre générations, les Niçois logeaient encore leurs chèvres dans les caves-étables-bergeries de leurs demeures situées à quelques dizaines de mètres de là, dans le « Vieux-Nice ».
Car Nice, coincée entre mer et montagne, sans autre richesse que son soleil et son ciel d’Azur, était pauvre.et cela fut vrai de l’antiquité au XIXème siècle. La vie était rude pour les Niçois tentant de tirer quelques ressources de ces collines rocailleuses où seules les chèvres pouvaient déambuler et trouver une chiche nourriture. Heureusement, il y avait les oliviers, et les figuiers aussi….et la mer.
Mais les Niçois n’ont jamais pleuré sur leur sort. Bien au contraire. Ils estimaient que Dieu les avait gâtés en les faisant naître dans le Comté. Ils lui en étaient d’ailleurs reconnaissants à en juger par la multitude d’églises et de chapelles colorées construites dans la région.
Les Nicois d’aujourd’hui pensent encore ainsi, même si, constatant l’effrayant gallop du progrès, ils se disent combien leurs aïeux devaient être heureux dans leur pauvreté. Pauvres mais ivres, à longueur d’année, d’Azur et de soleil.
Ces Niçois d’aujourd’hui ne sont plus très nombreux ,noyés dans la masse de tous ces « estrangers » qui se sont installés ici depuis plus d’un siècle et demi et se disent Niçois, eux aussi….
Pourtant, un vrai Niçois se reconnait.
Il ne va pas déambuler sur la Promenade des Anglais, mais tout simplement faire un tour sur la “Prom”.
S’il a fréquenté le Lycée ,il y a encore cinquante ans, il était élève « à Félix Faure » et non au lycée Masséna.
Il fait les boutiques de l’avenue de la « Victoire » et non sur l’avenue « Jean Médecin », malgré toute la nostalgie et l’émotion qui l’étreignent à l’évocation de ce Maire tant aimé.
Lorsqu’il enrage de voir déferler les foules envahissantes, il se console en pensant que, lui,pourra se régaler de socca et de pissaladière toute l’année et que lui seul connait les bons coins où se gratinent les petits farcis et les fleurs de courgettes.Tous ces mets parfumés que toutes les Niçoises savent cuisiner avec bonheur, comme ma grand’mère cuisinait la daube et les raviolis……
Il sait qu’il goutera, à longueur de saisons, la vue sur les montagnes à partir du Cap d’Antibes ,la vue sur la Baie des Anges à partir du Chateau, la vue sur la beauté pure à partir du Mont Boron, du Mont Alban , d’Eze ou de la Grande Corniche.
Il sait que les galets ne sont pas là sur les plages uniquement pour faire mal aux pieds des baigneurs…..mais que les galets chantent et qu’il faut savoir écouter leur poésie accompagnée de la mélodie de la mer.
Le Niçois sait aussi que derrière sa « Vile-Impératrice », rivale de Cannes, Monaco ou Menton, il existe des dizaines de Cendrillons dans la montagne du Comté, nichées au coeur des vallées ou perchées sur les pitons les plus escarpés. Il connait les gorges de la Tinée, de la Vésubie, du Cians, du Dalluis…..ces lieux interdits à la circulation routière pendant des sièles où seuls les mulets, les ânes et les hommes à pieds s’aventuraient.Il sait apprécier la fraîcheur de Saint-Martin-Vésubie lorsque la chaleur caniculaire écrase le littoral au plus fort de l’été.
Il comprend l’extase de tous ces « estrangers » devant tant de beauté sauvage, tant de diversité géologique et botanique concentrée sur un espace aussi réduit. Qui pourra imaginer ce qui se passe dans la tête d’un Allemand de Hambourg qui a moisi onze mois de l’année dans la brume des quais du port de sa ville, ou dans celle d’un Hollandais du plat pays, voire d’un Russe, devant les turbulences grandioses du relief de ces contrées, à quelques kilomètres seulement de la Côte d’Azur ?
Alors….le monde peut aller où il veut,comme il veut…….M’en batti,sieu Nissart….Sieu dei Comté……dei Païs dé Séguran !!!…..Et Fier de l’être!
Marcel Julien Foures
















